
Mathilde Blanchet, 22 ans. A suivi un master Contrôle de gestion et audit organisationnel (CGAO). Cette niortaise a débuté chez Thales en tant que stagiaire avant de devenir apprentie en M2. Sa progression l’a amenée à se sentir vraiment salariée. Et à décrocher un poste en CDI dans un cabinet d’audit avant même la fin de son contrat.
Mathilde Blanchet aime quand les choses sont carrées. Ses mots sont choisis. Le hasard n’a pas sa place, du moins dans son parcours universitaire. Chaque situation a son explication. Alors quand on lui demande pourquoi elle s’est dirigée vers le contrôle de gestion, sa réponse fuse : « Mon orientation a été progressive, par petits choix. J’ai un profil scientifique, j’aime les chiffres, la gestion me semble plus près du monde actuel. Le monde de l’entreprise, le management… Ca me parle. Je me suis renseignée sur les projets professionnels. Et puis je sais aussi qu’il y a des débouchés. » Juste après son bac scientifique, elle a quitté le foyer familial à Niort pour démarrer une licence d’économie-gestion à l’université de Poitiers. En L3, direction l’Institut d’administration des entreprises (IAE) puis le fameux master Contrôle de gestion, audit organisationnel (CGAO). Personne dans sa famille n’avait suivi ce cursus. Ses parents sont plutôt dans les assurances. En revanche, Mathilde s’est beaucoup renseignée sur le contenu de ses futures missions : « J’ai discuté avec les profs et intervenants. »
POURQUOI L’APPRENTISSAGE ?
Le diplôme n’est pas accessible en formation initiale. Et c’est tant mieux ! « Après avoir vu toute la théorie, on a envie de savoir à quoi ressemble notre métier. » Mathilde considère aussi avoir « le droit à l’erreur » pendant cette période où elle apprend encore. Le moins souvent possible évidemment ! Elle a préféré un grand groupe où les contours du poste sont bien définis. « D’autant que l’industrie, c’est la base du contrôle de gestion ».
Le réseau, c’est la vie
Elle a attendu le M1 pour véritablement entrer dans le vif du sujet. En mars, tous les étudiants devaient partir en stage de trois mois minimum. Pour trouver un lieu d’accueil, l’IAE met à disposition une plateforme où sont rassemblées toutes les offres. Nom de code : Career Center. Un sacré coup de pouce ! Plutôt attirée par les « grosses boîtes », Mathilde a postulé chez Thales à Châtellerault. Et là aussi, les événements ne doivent rien au hasard. « J’ai été la première à postuler ! Mme Lefebvre, en charge des relations avec les entreprises, m’avait parlé de cette offre en avant-première parce que j’étais un peu stressée de n’avoir encore rien trouvé. On se connaissait bien parce que je faisais aussi partie du Bureau des étudiants. » Le réseau, c’est la vie ! Et son investissement a été récompensé. Mathilde n’a pas fait seulement trois mois chez Thales, mais six… « J’ai continué jusqu’en août. De toute façon j’aurais cherché un job étudiant pour l’été. Là c’était une expérience supplémentaire dans le secteur qui me plaît. »
Le stage prépare l’alternance
Chez Thales, pas d’apprentissage sans stage préalable. « Mon tuteur me l’avait dit, c’est le temps d’apprendre le langage, les acronymes, l’organisation des services… » Et de rencontrer l’apprenti de la promotion précédente ! « On s’est passé le relais, elle a bloqué sur les mêmes choses que moi. On est devenu proches, elle m’a même donné des conseils sur les cours de M2. » D’une génération à l’autre, les étudiants se transmettent des procédures mises à jour, histoire de ne pas être totalement largués à l’arrivée. « Moi j’ai fait pareil en mars pour la suivante. » Visiter l’usine, rencontrer les gens, comprendre qui fait quoi… Mathilde met un mois rien que pour maîtriser la structuration de l’entreprise. « Heureusement que mon tuteur est hyper présent et pédagogue. D’ailleurs il donne aussi des cours à l’IAE. » Et là, c’est juste pour l’usine de Châtellerault ! Grâce à ce stage, Mathilde arrive en M2 déjà bien intégrée. Son contrat d’alternance débute en septembre 2024.
« L’impression de faire deux semaines en une »
Le rythme d’alternance est très original là-aussi puisque Mathilde enchaîne trois jours en entreprise et deux jours de cours dans la même semaine. Mieux vaut trouver un employeur pas trop loin de Poitiers. « C’est fatigant parce qu’on mène tout de front. On a l’impression de faire deux semaines en une. Le mercredi, je dis bon week-end d’un côté et je me prépare à rembaucher le lendemain avec un autre sac. » Avantage, les apprentis restent dans le bain. « On suit nos dossiers. » Et bien sûr les vacances se limitent à cinq semaines par an, jamais sur les vacances scolaires. « Comme tout le monde, quand il y a moins de boulot, je me permets de partir à 16h et quand on a un pic d’activité, mes journées sont plus longues. De toute façon, je me prépare à travailler beaucoup. » A Noël, entreprise fermée du 25 au 31 décembre. Obligation de poser ses congés !
Ma mission : maîtriser les coûts de production
Son travail : suivre la production pour maîtriser les coûts. « A-t-on été performant ce mois-ci par rapport au budget engagé ? On doit en permanence optimiser les flux. » Le but c’est la performance, mais les leviers sont différents. « Je suis censée dialoguer avec tous les services. Quand le contrôle de gestion et le chef de service ne sont pas d’accord sur les chiffres, mieux vaut ne pas se trouver entre les deux !
« Une fois, j’ai dû justifier des chiffres de production, expliquer sur quoi on se basait. Pas simple. Heureusement, je faisais du sport le midi avec le chef de service en question, on avait sympathisé. Faire des squats ensemble, ça rapproche. » A l’IAE, il y a des cours de communication entre collaborateurs. « Ce genre de softskills s’apprend sur le tas, l’apprentissage te confronte totalement à cette situation. »
L’ambiance est bonne dans l’entreprise. « C’est familial ! Et mon tuteur est très sociable, il m’a présenté à tout le monde. » Mathilde fait aussi du covoiturage régulièrement entre Poitiers et Châtellerault. « Grâce à cela et au sport, je me suis fait mes propres relations. » Mathilde déjeune avec des collègues et des alternants d’autres services et parle de plein de choses qui n’ont rien à voir avec le travail. « Il faut sortir de son équipe. »
Mathilde est plutôt satisfaite de ses conditions de rémunération. « On fait 35h par semaine, école comprise. Et évidemment, si on n’émarge pas à l’école, le contrat est rompu et on n’est pas payé… » Ce qui paraît logique !
L’école, un moment de détente
Mathilde est toujours contente de retourner à l’école et de retrouver ses amis. « On m’explique des choses, c’est plus près de chez moi… Finalement c’est un moment de détente par rapport à la vie de l’entreprise. » Sauf que les examens reviennent souvent. « Après les fêtes, les partiels sont assez lourds. Mais maintenant, je sais comment réviser sans exploser. J’en fais un peu tous les jours, pas plus de deux heures. Pour ma dernière année, j’ai presque profité de mes révisions ! » En master, les évaluations orales sont nombreuses. Et durant toute la deuxième année, les étudiants sont impliqués dans un cabinet de gestion fictif avec étude de marché, audit, communication…
Bizarrement, Mathilde sort moins en M2. « Ce n’est pas que moi ! En fait, on a déjà un rythme de travail. L’état d’esprit a changé. On a moins besoin de s’intégrer aussi. »
Trésorière du BDE
On l’a dit, Mathilde a intégré le BDE. C’était en début de M1. Direct, elle a pris la fonction de trésorière. Quand on vous dit qu’elle aime les chiffres ! « J’ai attendu un an pour être plus à l’aise, mieux connaître le fonctionnement, j’y suis allée avec des amis. » Avec un président particulièrement motivé pour organiser plein d’événements, il a fallu serrer la vis. Et rendre des comptes à l’école et aux camarades. « Faut être carré, mais c’est aussi l’occasion de faire des erreurs parce que ce n’est pas très grave à vrai dire. « Dans tous les cas, c’est aussi une expérience de plus à valoriser. » Durant ces quelques mois, Mathilde a aussi appris à gérer un groupe sans règle, ni prof. « J’ai su dire non quand il le fallait. Et on a dû aller chercher des subventions. » Elle en a profité pour entrer au conseil d’administration de l’IAE. « J’ai pris un maximum d’information sur le fonctionnement. » Avec le sport, c’est bien la seule activité extrascolaire qu’elle a maintenue depuis qu’elle est partie de Niort. Mais juré, dès qu’elle sera stabilisée dans un emploi et une ville, elle reprendra l’équitation.
Retournement de situation
A mi-parcours, en janvier, Mathilde se sentait encore étudiante. « Les alternants ont moins de responsabilité, donc les autres salariés ne nous en veulent pas. Mais ils nous font confiance. » Progressivement, elle va multiplier les prises de risque. « Avec l’expérience, on sait faire plus de choses, mon niveau de responsabilité augmente mais mon tuteur est toujours là pour corriger mes erreurs. » Sauf qu’en mai, son tuteur a changé de service… Une nouvelle responsable, récemment recrutée, a pris le relais. « Elle est expérimentée, les infos circulent bien dans notre bureau, mais elle interroge souvent nos pratiques. Je dois me reposer les questions de base pour lui répondre. » Idem avec la stagiaire de master 1 arrivée en mars. Comme elle un an plus tôt, Ossana découvre l’étendue du système Thales ! Et bien sûr, elle tâtonne… « On a le même parcours et, coup de chance, on s’entend bien. Je lui transmets un max d’infos, on est partenaires, je n’ai rien à y perdre, tout à y gagner. » Pour Mathilde, ces situations engendrent un changement de statut et d’état d’esprit : « Je suis moins dans la production réelle, je dois prendre du recul sur ma mission, expliquer, déléguer. » Déjà très mature depuis le début de son master, la jeune femme se sent maintenant prête à devenir cadre avec toutes les responsabilités que cela comporte. Et d’un point de vue personnel, Mathilde voit deux-trois améliorations à opérer côté caractère : « J’ai tendance à être trop sèche quand je parle. Pas simple de paraître sérieuse et naturelle à la fois, sans jamais en faire trop ! » Ça viendra avec le temps...
Et la suite ?
Bien avant la fin de son contrat d’alternance, Mathilde a signé une lettre d’engagement qui lui assure d’être recrutée chez KPMG, un cabinet d’audit : « Je voulais faire autre chose, avoir une vision plus globale de l’entreprise que le contrôle de gestion d’une seule production. Je vais participer à la certification des comptes annuels, ce qui va m’obliger à me déplacer dans les entreprises et à chercher à comprendre comment elles sont parvenues à de tels résultats. » Mathilde a postulé en décembre 2024 : « C’est la seule annonce à laquelle j’ai répondu. On croise souvent les collaborateurs de KPMG dans les événements de l’IAE. Ils étaient intéressés par un profil comme le mien. » Après trois entretiens et un test d’anglais, elle a reçu une lettre d’engagement fin mars pour un CDI. Direction Bordeaux ! « Je ne connais pas bien cette ville. Mes parents et mes amis sont contents, ils savaient que je voulais bouger. » Reste qu’en juin, Mathilde n’a encore fait aucune démarche pour préparer son départ. « En vérité, je sais que je pars mais je suis toujours à fond dans mes dossiers. » Une étape après l'autre. Le plus important, c'est de finir ce qu'elle a commencé.
Dernière mise à jour le 02 juillet 2026